Exemple d’archive :
Gustave Roud,
traducteur numérisé


11e Symposium suisse pour traductrices et traducteurs littéraires
Archives de traductrices, de traducteurs

Samedi, 16 novembre 2019, Aargauer Literaturhaus, Lenzburg

Raphaëlle Lacord et Elena Spadini, Centre des littératures en Suisse romande (CLSR), Université de Lausanne
(slides elespdn.github.io/talks/20191161_Lenzburg/20191161_Lenzburg.html)

I. Le projet des Œuvres complètes

Gustave Roud (1897-1976)
« Œuvres complètes »


Projet FNS, 2017-2021
Direction : Claire Jaquier et Daniel Maggetti
Collaborateurs et collaboratrices : Alessio Christen, Bruno Pellegrino, Elena Spadini, Julien Burri, Raphaëlle Lacord


II. Les archives d’un traducteur

 Manuscrit 1 
 Manuscrit 2 
 Dactylogramme 1 
 Dactylogramme 2 
Les deux premiers vers du l’élégie
« Brot und Wein »
Rings um ruhet die Stadt ; still wird die erleuchtete Gasse,
Und, mit Fackeln geschmückt, rauschen die Wagen hinweg.
 La version littérale 
La ville alentour repose ; la rue illuminée redevient silencieuse
Et les voitures parées de torches s’éloignent avec bruit.
 Une version manuscrite 
                 Le calme redescend aux
                 Le repos descend sur la rue illuminée
                 La rue illuminée renaît au calme
La ville autour de nous s’endort. Le silence renaît aux rues illuminées
             toutes parées de
Et le bruit des voitures avec le feu des torches s’éloigne et meurt
 La version définitive 
La ville autour de nous s’endort. La rue illuminée accueille le silence,
Et le bruit des voitures avec l’éclat des torches s’éloigne et meurt.
Lundi 7 septembre. Bois des Combes – par une brise d’automne décharnée, sans âme. Je tente une fois encore de traduire le magique début de « Brot und Wein ». En vain. Une sorte d’interdit repose pour moi sur ce texte. Pas une rencontre heureuse de musique de mots. Mes phrases sont mortes. Ce n’est pas fatigue d’esprit, car dès le début j’ai senti cette sournoise résistance. Abandonner ? Quel échec, quel aveu d’impuissance !
Note de journal, 7 septembre [1942]

III. Éditer une œuvre traduite

 Novalis, « Les Disciples à Saïs », Aujourd’hui, n° 80, 11 juin 1931 






Comparaison avec CollateX 

IV. Conclusion

« [Je] suis revenu tout réconforté dans mon antre à traductions – que cerne depuis quelques jours une molle neige débonnaire. Les merles viennent vendanger les grappes gelées de ma vigne du Canada tandis que je poursuis ma version des Hymnes à la nuit de ce merveilleux Novalis. »
Lettre à Henry-Louis Mermod du 10 décembre 1946
« Je vous écris du fond d’une campagne perdue où les froments sont déjà hauts, mais verts encore sous des milliers d’alouettes infatigables, et où j’achève un petit Novalis, désolé de ne pouvoir rendre en français cette transparence inouïe. »
Lettre à Jean Paulhan du 27 juin 1947
« Ici se rentrent (c’est presque fini) des moissons magnifiques. Je n’en vois rien, cloué nuit et jour parmi des brises factices, sur mon chevalet tortureur Novalis. »
Lettre à Daniel Simond du 14 août 1947
« […] je ne t’envoie pas Les Disciples dans la version d’Aujourd’hui qui est d’ailleurs fautive d’un bout à l’autre, fourmillant d’erreurs grossières – comment ai-je osé jadis publier ce monstrum ? »
Lettre à George Nicole du 22 avril 1948
« Je n’ose rouvrir ce livre où les insuffisances et les infidélités me crèvent les yeux à chaque page. Les transcriptions versifiées des Hymnes m’accablent tout particulièrement. Quel perpétuel échec ! »
Lettre à George Nicole du 24 novembre 1948








Raphaëlle Lacord, Elena Spadini, « Exemple d’archive : Gustave Roud, traducteur numérisé », 11e Symposium suisse pour traductrices et traducteurs littéraires. Archives de traductrices, de traducteurs, 16 novembre 2019, Aargauer Literaturhaus, Lenzburg.
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